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non lus 24/05/2007, 12h56
Jeff.
 
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Photographier un président : le cas Sarkozy, et un petit tour du monde


La photo officielle du nouveau président français, réalisée par Philippe Warrin (qui avait également été en charge des photos des affiches de sa campagne électorale), est loin de faire l'unanimité.

Sur internet, les réactions des internautes sont très mitigées : voir les réactions des visiteurs du site du journal Le Monde par exemple.

Je vais tenter ici de faire une analyse succinte de l'image, sur un plan technique.

Avertissement : cet article ne porte pas de jugement sur la politique, ou les idées de tel ou tel président. Merci de ne pas entrer dans ce type de débat en le commentant.





- Le cadrage et la composition :

La première chose qui dérange, c'est le manque d'équilibre de l'image.

On a ici 3 lignes majeures, qui s'articulent en donnant un sentiment de fausse note. Elles ne sont ni réparties proportionnellement sur l'image, ni symétriques :




Voici l'image divisée en tiers, où l'on voit le défaut de proportions de l'image :



Pour équilibrer la photo, on aurait pu placer le "modèle" un peu plus sur la droite, pour éviter l'espace vide sur le côté.

Mais la règle des tiers n'est pas forcément la meilleure à appliquer sur ce type d'image.

Nous allons donc nous intéresser à une possible symétrie :



L'image ne présente donc pas non plus de symétrie : le sujet de l'image est décentré vers le côté gauche et vers le bas, en laissant un espace gênant sur le côté droit, et en haut de l'image.

On aurait pu trouver un équilibre autour d'une symétrie, en cadrant comme ceci :



Ou encore, en choisissant un cadrage qui laisse aux drapeaux un tiers de l'espace (il aurait fallu dans ce cas rapprocher les deux drapeaux pour qu'ils soient visibles) :




- La mauvaise organisation de l'arrière-plan :

On peut remarquer autre élément plutôt gênant : le livre qui se distingue derrière le visage du président, et qui perturbe la lecture de l'image :



Pourquoi avoir choisi d'avoir ce livre à cet endroit précis ? Il vient ajouter une forme distincte sur laquelle vient se chevaucher le visage du président, alors qu'aucun autre livre ne vient se démarquer .

On se demande également pourquoi la barre verticale de la bibiothèque apparaît à cet endroit. Comme on l'a vu plus haut, cette barre vient "comme un cheveu sur la soupe", et perturbe la lecture de la photo :



De la même manière, la partie du bas de la bibliothèque marque une délimitation mal placée, qui ne se situe ni au tiers, ni à la moitié de l'image, et qui perturbe encore plus la lecture :



Peut être que ces deux délimitations sont utilisées pour créer un "cadre dans l'image" ?
En réalité, ce n'est pas le cas, puisque l'image reste déséquilibrée lorsque l'on retire ce cadre :



Le mystère reste donc entier...

On peut également se poser la question de l'intérêt du vignettage, qui est certainement voulu par le photographe, puisque très marqué.


- L'attitude du modèle, comparée à celle de ses prédecesseurs :

La pose est très classique. C'était, aux dires du photographe, une volonté du président. On ne pourra donc pas lui reprocher.

Mais si l'on compare aux portraits de ses prédecesseurs, on note une nette différence d'attitude :

Jacques Chirac, photographié par Bettina Rheims, adoptait une pose plus détendue : les mains derrière le dos, le visage moins crispé :



François Mitterrand, photographié par Gisèle Freund, sans doute devant la même bibliothèque, avait adopté lui aussi une pose moins crispée :



Valéry Giscard d'Estaing lui aussi (même si la composition de la photo est là aussi plus que discutable) :



La pose du président actuel s'approche en réalité plus des présidents Pompidou et De Gaulle, sans les insignes, et avec les drapeaux français et européen en plus :






- Un petit tour à l'étranger :

Pour terminer la comparaison, voici quelques portraits officiels de présidents et personnalités autour du monde, dans des styles radicalement opposés :

George Bush pose devant le drapeau américain, en adoptant une attitude détendue :




Stephen Harper (premier ministre du Canada), pose sans drapeau, et sans aucun symbole national (ce qui ne s'est jamais fait en France) :



Le président chinois a choisi le style "photo d'identité" :



Quand au roi du Maroc Mohamed VI, il utilise souvent cette photo, qui accompagne ses communiqués de presse :



Enfin, en Roumanie, le président Traian Basescu n'a pas choisi la meilleure des compositions, ni l'attitude la plus intéressante :




Avertissement : cet article ne porte pas de jugement sur la politique, ou les idées de tel ou tel président.

Merci de ne pas entrer dans ce type de débat en le commentant.



Dernière modification par Jeff. 24/05/2007 à 13h12.
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