Photographier la danse n'est pas si simple qu'il n'y paraît, et ce pour de multiples raisons, tenant à la fois au type de la pratique (mouvement) et à la pratique en elle même (déplacements relativement imprévisibles, ...).
Photo par Oude School Spécificités de la photo de danse
Photographier la danse revient, la plupart du temps, à photographier un artiste en mouvement. Ces mouvements sont, la plupart du temps, rapides et coordonnés. Cette rapidité implique, de la part du photographe de savoir prévoir le mouvement. Aussi, une bonne connaissance de base de la danse par elle même est elle un prérequis. A défaut, tentez de vous procurer la bande son de la représentation (la plupart du temps des pièces du répertoire classique) et écoutez la à plusieurs reprises. Il y a fort à parier que les mouvements musicaux, que vous finirez par retenir, vous permettront d'imaginer le type de déplacement prévisible, et donc d'être proactif.
Photgraphier la danse implique aussi, sauf dans le cas de photos de studio, la prise de vue dans l'obscurité d'une salle de spectacle. Si la série est réalisée pendant une répètition (un filage à l'italienne par exemple), pas de soucis, vous aurez quasiment toute latitude pour vous déplacer du proscènium (avant scène) au lointain (fond de scène) voir de traverser la scène de jardin (gauche) à cour (droite) et utiliser un complément de lumière (un flash). Par contre, s'il s'agît de faire des prises de vues durant la représentation, hors de question de vous déplacer dans la salle (si ce n'est au fond derrière les spectateurs) et, à plus forte raison, de monter sur la scène.
Photo par saint_idesheaven Photographier en répètition
Ici, le souci de dérangement du spectateur n'existe pas. Si le metteur en scène vous y autorise, vous aurez la possibilité de réaliser les clichés directement depuis la scène.
Mais attention, photographier sur la scène signifie que vous devrez non seulement faire des photos, mais aussi observer l'espace autour de vous. Hors de question de vous mettre sur le cjemin d'une danseuse réalisant un grand jeté, ou encore d'écraser le pied d'une danseuse pendant qu'elle relace ses chaussons de pointe !
En un mot, soyez "aware" et prévoyant !
Quelques astuces & conseils s'il vous est donné de photographier sur la scène :
- Portez des souliers légers : Vous ferez moins de
bruit, risquerez moins d'écraser des pieds. - Habillez vous le plus sombre possible : On aura moins de risques de vous apercevoir dans les coulisses.
- Apportez une torche légère et maniable : Oui, la scène est éclairée ; Mais les coulisses ne le sont pas ou peu et, si elles le sont, ce n'est pas pour vous !
- Pas d'encombrant fourre-tout ou de sac à dos à la Indiana Jones : Non seulement ils vous encombreraient inutilement, mais en plus ils risqueraient de s'accrocher aux échelles, guindes, ...
- Danseuse en larme, crise de nerfs, ... : Vous n'êtes ni le chorégraphe, ni le metteur en scène, ni le professeur. Ne vous mélez pas de ce qui ne vous regarde pas, vous êtes là pour faire des photos, rien d'autre. J'ai vu à plusieurs reprises des photographes jouer les psy avec des danseuses (amatrices) qui piquaient une crise de nerf pour X ou Y raison et perdaient par là même l'occasion de déclencher ...
- Accessoires, chaussons de danse, colophane, ... : Cela va sans dire, tout ce qui est sur scène ou en coulisse a une excellente raison de s'y trouver, précisemment là ou il est. N'y touchez pas, ne le déplacez pas, quelle qu'en soit la raison. Imaginez qu'une danseuse s'amuse à déplacer votre chargeur de batterie et que vous ayez besoin de nouveaux accus pendant la scène ultime, vous comprendrez !!
- Les enfants : Vous serez, à n'en pas douter, l'objet de questions, interrogations, ... de la part des enfants. Rappelez vous que ce sont des enfants, et que leur curiosité naturelle peut les amener à faire des choses "illogiques" (vous suivre dans les cintres, s'accrocher aux échelles, ...). Faire preuve d'un tout petit peu de pédagogie vous libèrera de ces risques.
- Les adolescentes : Vous êtes le photographe, donc inconsciemment (notamment pour les pratiquantes amatrices), vous êtes celui qui fera ressortir l'image à l'extèrieur (presse, affiches, ...). Il y a fort à parier que certaines vous feront les yeux doux, regard numéro 327 à destination du male présent. Attention, vous êtes le photographe et uniquement le photographe. Vous n'êtes pas là pour vous dénicher une compagne ou quoi que ce soit d'autre. Elles savent à merveille jouer avec l'ambiguité, faites y très attention, la plupart sont mineures.
Enfin, sans doute la catégorie la plus difficile à gérer dans cet inventaire , - Les danseuses (là, je ne me fais pas que des amis) : La danseuse a un ego surdimensionné. Elle a toujours travaillé avec Helmut NEWTON lors du dernier festival de danse de plougastel (le bien connu danse & boudins), elle a toujours connues les meilleures personnes et est toujours convaincue que vous n'avez pas l'habitude de photographier "Cet art unique qu'est la danse" (entendu, je n'invente pas). Plusieurs solutions ; Vous lancer dans un débat sur l'intérêt du néo-classique dans la danse en france depuis la création du mouvement de Georges Balanchine. Passionnant, je vous comprends, mais bon, disons que .... Autre alternative, celle que j'adopte le plus souvent, la laisser causer et, sur de votre technique, aller la rencontrer à la fin de son show et lui proposer de voir les clichés d'elle que vous aurez réalisés. Elle refusera dans 99,999% des cas (elle est exténuée, vous ne pouvez pas comprendre), mais vous l'aurez remise en place en lui montrant que, vous aussi, vous aviez des choses à lui exposer. Surtout, ne faites pas ceci avant de ne l'avoir photographiée, les photos d'elle (car c'est elle qui prime, pas la photo) faites par machin étant toujours meilleures que celles que vous faites.
Photo par Oude School
Autre alternative, si le régisseur de la salle vous y autorise, les cintres (latéraux ou dessus de scène) vous permettront de réaliser des vues du dessus qui peuvent apporter d'intéressants résultats (tutus vus du haut, ...). Prenez garde néanmoins, votre sécurité est importante et les cintres sont des endroits techniques, souvent parcourus de cables électriques. Ne branchez surtout aucun équipement sur une prise que vous pourriez trouver, sauf celles inscrites "
service", ce sont les seules qui sont (si tout est correctement fait) alimentées en 220 volts / 50 Hertz. Autre point, dans les cintres, la température a tendance à s'élever très très très haut, et un pull over, c'est encombrant pour faire des images. Laissez le en coulisse !
Photo par Unlimited
A noter aussi, les corps de projecteurs peuvent atteindre de très hautes températures, alors même que vous ne voyez pas qu'ils sont allumés. Et je peux vous dire d'expèrience que ca brule très bien, tant les mains que le matos !
Quoi qu'il en soit, prévenez quelqu'un que vous montez dans les cintres. On ne sait jamais ce qu'il peut arriver donc, tant qu'à faire, autant qu'on sache où vous chercher en cas de pépin. A défaut, apportez votre téléphone portable avec vous (
que biensur, vous aurez mis en position silence).
Par ailleurs, la photographie depuis les cintres a le défaut de totalement déformer la perspective de mise en scène. Gardez aussi à l'esprit que, depuis les cintres, on peut voir les coulisses où d'intéressants jeux d'ombres peuvent se cacher.
Voilà mes quelques petites idées, glanées à force de traîner mes guêtres dans des théatres. Si vous y trouvez un intérêt, je vous proposerais la prochaine fois un "tuto" sur les photos en cours de danse.
Olivier