De superbes photographies, insolites, uniques, extraordinaires. Redécouvrez la nature et appréhendez là autrement grâce à l'oeil aiguisée, au talent grandiose, et à la perception hors du commun de Bruno Calendini. A découvrir d'urgence !
Comment et pourquoi avez-vous commencé à photographier ?
J’ai découvert les plaisirs de la photographie grâce à un ami qui se déplaçait rarement sans son boîtier. Un jour j’ai mis l’œil au viseur …, et j’ai immédiatement été séduit par l’objet et par ce que l’on pouvait en faire.
Pouvez vous nous raconter vos débuts ? Comment avez-vous appris ?
J’avais une vingtaine d’années quand j’ai commencé à investir tout mon temps et mes économies dans la photo. J’ai démarré avec un Olympus OM10 et un 50 mm. J’ai appris essentiellement dans les livres, les magazines et en échangeant aussi avec des copains. Peu à peu j’ai pensé que je pourrais faire de cette passion un métier. J’ai eu la chance de trouver un job d’assistant dans un studio publicitaire en Bretagne.
J’y ai découvert le moyen format, la chambre photographique, les éclairages artificiels puissants, l’étude des lumières complexes, l’aspect commercial du métier et la rigueur dont il faut faire preuve face à des clients exigeants. Un an plus tard, je suis «*monté à Paris*» pour continuer l’aventure en free lance. A cette époque, je vivais encore mal de mes images. C’était franchement la bohème mais j’étais jeune, j’adorais cette ville et je m’amusais beaucoup. Je n’ai jamais cherché à me spécialiser.
J’avais très envie au contraire de me frotter à tous les métiers qui se pratiquent avec un appareil photo. Au fil du temps, j’ai trouvé des clients dans des secteurs très divers. C’est comme ça que j’ai découvert la mode, le portrait, la musique, le reportage magazine, les plateaux de télé, le tourisme, l’évènementiel, … et c’est à travers chacune de ces spécialités que je me suis construit.
Quel matériel utilisez vous ? Qu’est-ce qui a motivé votre choix ?
Le photographe dont j’ai été l’assistant était Nikoniste. Je suis devenu Nikoniste pour pouvoir lui piquer ses optiques*

. Puis je me suis habitué à l’ergonomie et à la qualité du matériel Nikon et ça dure depuis presque 20 ans.
Pourriez vous nous raconter la relation que vous entretenez avec la photographie*?
Très souvent, je m’étonne d’être toujours aussi passionné après autant d’années de pratique. Je ne pense pas pouvoir trouver aujourd’hui une autre activité avec laquelle je sois autant en phase.
Quelles ont été les événements “clé” de votre apprentissage ?
Mon assistanat bien sur, où j’ai travaillé aux côtés d’un excellent photographe, mais j’ai aussi beaucoup appris plus tard, lors de mes shooting pour des grands comptes, quand la pression est maximale, que vous vous retrouvez au cœur de gros investissements financiers, techniques et humains, et que tout le monde attend beaucoup de votre prestation. J’ai vécu ça avec des chaînes de télé, des grands groupes financiers ou industriels, des compagnies aériennes, des agences de publicité, … J’ai aussi voyagé pendant plusieurs années pour des tours opérateurs et ces reportages ont été très formateurs.
Puis, j’ai quitté Paris pour m’installer dans le sud de la France. Plus près de la nature, je me suis intéressé à l’environnement, à la photographie animalière et à la pratique des sports outdoor. Je viens de livrer une exposition sur ce thème au Conseil général de la Lozère. Elle a été présentée en plein air au Stade de France et sur la Place st Sulpice (Paris VI), en grand format, pendant un mois.
Enfin, depuis 4 ans, je collabore régulièrement avec l’équipe du Monde de la Photo qui me demande de tester en reportages les derniers appareils et accessoires du marché, pour leur magazine et leur site Web (
www.lemondedelaphoto.com). C’est tout à fait passionnant de suivre l’évolution du matériel, dans une période aussi riche que celle que nous vivons actuellement. En plus, je ne boude pas mon plaisir de travailler avec Vincent Trujillo, le directeur de la publication que vous avez
interviewé récemment sur ce site. C’est un vrai passionné d’images et de médias, il a une vision noble de la photographie, du reportage et de l’édition et c’est très enrichissant de le suivre dans ses entreprises toujours originales et innovantes.
Quelles sont vos méthodes de travail ?
Tout dépend du secteur pour lequel j’exerce. Un portrait d’acteur sur un plateau de tournage a des exigences bien différentes d’un reportage sportif en hélico. Mais quand cela est possible, quelle que soit la mission que j’entreprenne, elle est rigoureusement préparée en amont. Car même en prenant beaucoup de précautions, les prises de vues sont toujours jalonnées d’imprévus. Si on a de la chance on perd juste du temps, si on n’en a pas, ça peut rapidement tourner au désastre.
Une fois la photo réalisée, y a t il un gros travail de retouche ? Quel logiciel utilisez vous ?
J’utilise capture NX et Photoshop. La encore, cela dépend du rendu recherché mais j’essaie de passer le moins de temps possible devant mon ordinateur car ce que j’aime avant tout, c’est la prise de vue.
Vous vous épanouissez particulièrement dans la photo animalière. Qu'est-ce que cela vous apporte ?
Je suis passionné par la vie sauvage avec une prédilection pour la faune africaine. Gamin, je passais des heures à rêver devant les reportages de «*Camera au poing*», «*Les animaux du monde*» ou «*l’Odyssée de la Calypso*» du commandant Cousteau. Je collectionnais des fiches sur les espèces animales et je lisais tout ce qui me tombait sous la main.
Ce n’est qu’en 1996 que j’ai mis le pied pour la première fois dans la savane. J’étais en commande pour un Tour Operateur qui vendait les destinations Kenya et Tanzanie. Ce fut un choc et je me suis promis de vivre d’autres expériences en photographie animalière dès que j’en aurai l’opportunité.
Vous venez de sortir un livre, "Sauvages". Pouvez vous nous racontez la réalisation de cette aventure ?
Pour répondre à cette question, je vais vous livrer l’introduction de mon bouquin que voici*:
Ce livre est né au coeur de l’Afrique, lors d’un reportage sur les berges de l’Okavango, le fleuve qui ne trouve jamais la mer. Chaque année, les crues de cet immense cours d’eau inondent le désert du Kalahari, sculptant un delta intérieur de quinze mille km2 où se développe un biotope exceptionnellement riche, théâtre de grandes concentrations animales.
Mais cet espace est menacé : depuis sa source en Angola, puis en Namibie et jusqu’au Botswana, l’or bleu de l’Okavango est au centre de nombreux projets – barrages hydroélectriques, dérivations d’eau potable, irrigations, exploitations minières – qui pèsent sur l’avenir du delta. Cet état des lieux inquiétant et révélateur de la fragilité des grands écosystèmes orienta mon travail : dans l’Okavango, puis dans d’autres régions d’Afrique, j’entrepris de réaliser des portraits animaliers avec des techniques photographiques modernes, mais en recherchant le rendu sépia des instantanés d’autrefois.
Une démarche qui se voulait avant tout esthétique, mais aussi un moyen de rappeler encore le déclin annoncé des grands sanctuaires sauvages. Peu à peu, au fil de mes voyages au Botswana, au Kenya, en Tanzanie ou à Madagascar, de nouvelles images sont venues enrichir cette collection. Ma quête s’achève provisoirement avec ce livre, qui scelle une étape importante de mon travail sur la vie sauvage.
Y a-t-il dans cette collection d’images une photo que vous affectionnez particulièrement ?
J’aime beaucoup «*ma*lionne aux yeux de braises*» parce qu’elle m’a fait vivre une minute inoubliable*entre la jubilation de tenir un sujet fort et la peur de la voir bondir dans ma jeep.
"Elle se tenait à moins de 5 mètres, ses yeux transperçaient mon objectif et elle réagissait au moindre de mes mouvements."
Si vous deviez définir votre style, quel serait-il ?
Mon travail en Afrique s’apparente plus à celui d’un portraitiste qu’a celui d’un naturaliste*: J’essaie systématiquement de capter la «*personnalité*» de mon sujet et de le sublimer par un angle original, une ambiance dramatique, un clin d’oeil humoristique, une astuce photographique, … en privilégiant l’originalité et surtout l’esthétique.
Lorsque j’ai exposé ce reportage animalier en noir et blanc en 2005 à Montier en Der, c’était nouveau en France et je comptais beaucoup sur l’effet de surprise pour me démarquer des 45 autres expositions présentées en couleur. A cela, j’ai aussi rajouté des ingrédients un peu inhabituels en photographie de nature, comme des photos au fish-eye, à la télécommande, ou des cadrages «*millimétrés*» dont le contenu essentiellement graphique, représentant un animal coupé en deux par exemple, prenait le pas sur l’information que délivrait la photo elle-même.
Quels conseils pourriez-vous donner à un débutant désireux de faire le même style de photo que vous ?
Je lui conseillerais plutôt de trouver son propre style en faisant des images qui lui ressemblent. Quand on expérimente des techniques, que l’on s’engage dans une démarche, que l’on travaille et que l’on obtient des résultats, on en retire cent fois plus de satisfaction qu’en refaisant les images d’un autre.
Quel regard portez vous sur la photographie aujourd’hui ?
La photographie évolue à pas de géant. Aujourd’hui, les appareils même amateurs embarquent des autofocus de course à collimateurs multiples, des capteurs performants, des stabilisateurs intégrés, des écrans de contrôle haute résolution et déportables, des télé zooms lumineux, des flash TTL reliés sans fil, des logiciels puissants, … et chaque année qui passe voit apparaître d’énormes évolutions.
La post production fait elle aussi des merveilles. Grâce à ces progrès technologiques et aux prix qui baissent constamment, il est de plus en plus facile de réaliser des photos exploitables par la presse ou l’édition. C’est une bonne nouvelle pour les amateurs et une mauvaise pour ceux qui voudraient en faire leur métier*: je crois que plus le temps passera, plus les photographes devront traiter leurs sujets de façon décalée, avec des idées nouvelles et un regard très aiguisé pour que leurs images sortent du lot.
Et sur le monde animal ?
La planète va mal et les animaux en font les frais. Partout leur habitat est menacé. Déforestation, braconnage, conflit avec les populations locales, guerres, pollutions, … Tous les ans l’UICN publie sa liste des espèces menacées, en danger d’extinction ou disparues. Cette liste ne cesse de s’allonger.
Je voudrais juste croire que la prise de conscience actuelle est bien réelle, qu’elle va s’amplifier et qu’elle durera suffisamment au niveau planétaire pour que l’érosion de la biodiversité ralentisse. Mais j’avoue être assez pessimiste …
Quel est le “souffle”, les émotions, le message, que vous souhaitez faire passer à travers vos créations ?
Une phrase désormais célèbre dit*que «*de l’émerveillement naît le respect*». Je serais particulièrement fier si le pouvoir de mes photographies pouvait d’abord servir la cause*des animaux*qui en sont l’inspiration et si mes images pouvaient aider à protéger les richesses que nous sommes en train de perdre.
Auriez vous envie d’essayer un autre type de photo ? Si oui, lequel ?
J’aimerais faire des images subaquatiques de grands mammifères marins, de requins ou de crocodiles.
Parcourez vous régulièrement un forum ou une communauté de passionnés ?
En toute honnêteté non, car j’aurais du mal à suivre un fil avec assiduité. Votre forum, avec 2 ou 3 autres, est de ceux où je viens faire un tour de temps en temps car il est très vivant. Les forums représentent un baromètre intéressant de ce qui se passe en photographie. Et puis comme vous chroniquez parfois des magazines pour lesquels je travaille, je m’intéresse à la façon dont mes images sont perçues*
Quels sont vos projets ? Comment imaginez-vous la suite de votre parcours ?
Mes projets à court terme passent par le lancement de mon bouquin «*SAUVAGES*». Je serai au Salon de la Photo les 15 et 16 novembre (sur les stands E1-E3), puis au Festival de Montier en Der le 22 novembre pour des dédicaces. C’est mon bébé de l’année, 130 photos et 160 pages pour lesquelles j’ai donné le meilleur de moi-même pendant quatre ans.
Ces images sont désormais entre les mains (expertes) de l’agence Bios, qui va les distribuer.
Objectif nature, un tour opérateur spécialisé dans le safari depuis 17 ans, m’a proposé d’encadrer un voyage photo au Botswana en avril 2009. Il lance 2 nouveaux produits cette année*: «*Voyager avec et comme Michel Denis Huot au Kenya*» et un séjour «*Safari Absolu*» dans le delta de l’Okavango avec moi même. Je vais donc continuer à faire de l’animalier mais j’aimerais passer à d’autres choses, rebondir sur un autre traitement d’images et revenir un peu à la couleur … Je travaille aussi dans cette voie.
Enfin, je vais continuer mes*reportages pour Le Monde de la Photo. Tripoter en avant première les petites merveilles que nous concoctent les grandes marques de la photographie, les confronter à la réalité du terrain (toujours images à l’appui – c’est important) et soumettre tout ça aux lecteurs, en espérant qu’ils retrouvent dans nos pages toute la passion que nous mettons à les remplir.
Une remarque ?
Juste mes remerciements pour votre sympathique invitation. J’en lance une à mon tour*: passez me voir à Montier en Der… pour parler de photo par exemple*!*
Merci Bruno ! J'espère que nous aurons encore l'occasion de partager autour de cette passion extraordinaire. J'essayerais, selon mes dispositions, de passer au Salon pour te rencontrer. A bientôt et bon courage 

Découvrez-en plus sur Bruno Calendini sur son site web : VISION SAUVAGE : Le safari photo numérique en Afrique | Wildlife photographer Bruno Calendini.

INFOS*: Le livre est désormais en vente sur le site Web de l'éditeur Les livres - Cacimbo Et dans les prochains jours, il sera dispo en librairies, FNAC et sur les sites Internet marchands.
Plus de photos et d’infos sur le site VISION SAUVAGE : Le safari photo numérique en Afrique | Wildlife photographer Bruno Calendini
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Interview réalisée par David Nicolas, chroniqueur pour VirusPhoto.com
( David Nicolas Photographe Bretagne )
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