C'est officiel : Microsoft s'en va-t-en guerre contre les logiciels libres.
La société avait annoncé il y a déjà longtemps qu'elle estimait que les logiciels libres violaient des brevets leur appartenant, sans préciser le détail de cette accusation.
Aujourd'hui, Microsoft annonce avoir identifié 235 violations par les logiciels open source.
Le noyau Linux en violerait 42, l'interface 65, la suite Open Office 45... De quoi donner froid dans le dos des développeurs et des communautés liées au logiciel libre.
La brevetabilité du logiciel est une question soumise à débat, à la vue de certains brevets comme celui déposé sur le concept de barre de progression (la barre qui s'affiche quand vous téléchargez un fichier, ou que vous installez un logiciel...).
Cette barre est brevetée par une société propriétaire du principe jusqu'à 2010.
C'était également le cas du format .GIF jusqu'à quelques temps, qui rendait "limite" son utilisation par un logiciel, ou encore du brevet sur le WYSIWYG lié à Dreamweaver, qui a rendu frileux les développeurs d'applications de création web open source, et qui est une des explications du retard du libre dans ce domaine précis.
Il faut savoir également que Microsoft n'est pas avare en dépôt de brevets, puisqu'il a enregistré pas moins de 1411 dépôts en 2002 et 3780 en 2004.
Cette guerre était déjà prévisible depuis que Microsoft avait signé un accord controversé avec Novell, l'éditeur d'une distribution de Linux (Suse), qui avait pour objectif de protéger l'éditeur en cas de revendications de la firme sur des violations de brevets.
D'un autre côté, il est manifeste que Microsoft s'est inspiré de certaines innovations issues du logiciel libre, d'Apple, de Google... Le débat ne fait donc que commencer.
Nous avons énormément parlé des logiciels libres sur VirusPhoto (à commencer par
Gimp), tant ceux-ci permettent une approche différente de l'informatique (collaborative et gratuite), et tant leur nombre et leur qualité s'accroît dans le domaine de la photo et de l'image numérique. Leur avenir est-il menacé ?
Des détails supplémentaires seront diffusés par Microsoft dans la journée. On peut déjà penser que la société réclammera un dédommagement à plusieurs acteurs du logiciel libre.
A suivre, donc.
PC Inpact publie
un article intéressant sur le sujet.
-------------------------
Mise à jour 15 mai :
Selon la licence des logiciels libres, c'est l'utilisateur qui peut être attaqué, et non l'éditeur d'un logiciel libre (ce qui par ailleurs serait impossible, étant donné le mode de développement collaboratif).
Aujourd'hui, la Linux Foundation annonce qu'elle se tient prête à défendre tout utilisateur attaqué par Microsoft pour les raisons citées plus haut, si le cas vient à se présenter.
Il paraît évident, vu l'activité des communautés liées à l'open source, que la Linux Foundation ne sera pas la seule dans ce cas.
D'ailleurs, le libre a des moyens financiers (du moins certains projets), et on peut s'attendre à ce qu'il en fasse bon usage pour défendre ses utilisateurs (on peut citer la Fondation Mozilla qui représente des revenus de plusieurs dizaines de millions de dollars par an, ou encore Ubuntu, soutenu par le milliardaire Sud-Africain Marc Shuttleworth).
Par ailleurs, il faut noter que l'Europe n'est pas concernée par cette accusation de Microsoft, la législation sur les brevets logiciels ne permettant ce type de poursuites qu'aux Etats-Unis.