Particularités de la photo de nuit
Le premier problème à résoudre pour la photo de nuit est celui du contraste. Dans de très nombreux cas, le fond de la photo est noir ou en tous cas très sombre, tandis que d'autres zones sont violemment éclairées.
Souvent, d'ailleurs, les sources de lumière figurent dans le cadre et parfois, ce sont elles qui constituent le sujet principal. Les écarts de luminances entre les zones claires et les zones sombres sont presque toujours largement supérieurs à ce que peuvent enregistrer les films ou les capteurs numériques, il faudra donc sacrifier obligatoirement les unes ou les autres.
Les contrastes sont moins importants si l'on choisit de tricher un peu et d'opérer juste avant l'obscurité totale, car les fonds complètement noirs et privés de détails sont peu esthétiques.
Photo Donovan Govan, sous licence Creative Commons. Quelle sensibilité
ISO choisir ?
S'il faut
figer un mouvement, le manque de lumière conduit invariablement à choisir un
objectif très lumineux et une
sensibilité élevée, ce qui présente le double inconvénient de diminuer la
profondeur de champ et d'obtenir des images dégradées par la granulation de la pellicule ou le
bruit du capteur. Le flash, qui casse les ambiances, ne doit être utilisé qu'en dernier recours, s'il est vraiment impossible de faire autrement.
Cette situation peut se présenter lors d'un concert, d'un spectacle de rue, ou encore lorsque le photographe est lui-même en mouvement, par exemple à bord d'un bateau. Dans ces conditions, il ne faut pas hésiter à adopter des sensibilités de 800 ou 1600 ISO, voire davantage ; pour autant, cela ne dispense généralement pas d'utiliser un pied ou un autre appui. La présence d'un stabilisateur dans l'objectif ou dans le boîtier est évidemment un élément favorable.
Dans tous les autres cas, contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, il vaut mieux adopter une pellicule de
faible sensibilité (100 ISO est une bonne valeur) ou laisser le capteur de son appareil numérique sur sa sensibilité nominale, qui équivaut habituellement à des valeurs de l'ordre de 80 ou 100 ISO. Un bon support est alors indispensable et dans le cas des appareils réflex, il conviendra d'éviter autant que possible les valeurs du temps de pose comprises entre 1/30e s et 1/2 s car c'est dans cet intervalle que les vibrations dues à la remontée du miroir sont les plus néfastes.
Inclure la lune dans le cadre
Les photographes ont essayé depuis longtemps de réaliser des compositions nocturnes en incluant la Lune mais ce n'est guère que vers le milieu du XXe siècle que les améliorations de la technique ont enfin permis d'obtenir des résultats satisfaisants.
On peut maîtriser beaucoup de choses mais pas les phases de la Lune. Si en principe le Soleil est toujours visible pendant la journée, il n'en va pas de même la nuit pour la Lune. Il n'est pas inutile de se préoccuper de ce petit problème avant de s'embarquer pour une séance de prises de vues nocturnes ...
- L'appareil devra impérativement permettre d'effectuer des poses longues, il sera réglé sur 100 ISO ou sur une sensibilité aussi basse que possible. Les fortes sensibilités produisent des images trop granuleuses ou trop bruitées.
- Un pied rigide est absolument indispensable.
- On peut aussi conseiller quelques autres accessoires : un déclencheur souple, un chronomètre, un carnet de notes pour inscrire les conditions de la pose (utile surtout si l'on utilise du film ... et si l'on n'a pas oublié sa lampe de poche).
Lors de vos premières tentatives de photo de nuit vous passerez probablement beaucoup de temps à faire des essais mais cela ne doit pas vous décourager ; par la suite, avec l'expérience, les séances seront probablement plus fructueuses. La meilleure période dure à peu près une semaine et elle est centrée sur la date de la pleine Lune.
De nombreux facteurs peuvent faire varier les conditions de pose, par exemple la présence de nuages ou de brouillard, la hauteur de la Lune sur l'horizon, le caractère plus ou moins réfléchissant des sujets photographiés, etc. Les torrents et les cascades donnent souvent de bons résultats en pose longue.
Si la Lune est brillante devant un ciel très noir, il est possible de la masquer pendant une partie de la pose afin qu'elle ne soit pas surexposée : un disque de carton de quelques cm de diamètre tenu au bout d'une tige mince est le bon outil pour ce faire, il suffit de le tenir de façon que son ombre se projette sur l'objectif. Inversement, on peut accroître l'éclairement de certaines parties du sujet, un arbre, une maison abandonnée, un rocher ... à l'aide d'un ou plusieurs éclairs de flash ou même d'une simple lampe de poche.
La présence des étoiles, les traces des phares de voitures, peuvent apporter des éléments intéressants dans la composition des images.
Quelques trucs
Le pied est un « accessoire essentiel » mais gare aux vertèbres, tous les pieds stables et rigides permettant de travailler à hauteur d'homme sont lourds, très lourds. Un monopode n'assure qu'une stabilisation partielle et généralement insuffisante. Un accessoire qui se révèle souvent intéressant est une pince rigide (genre serre-joint de menuisier) munie d'une rotule, à condition évidemment de trouver un support adéquat.
Le déclencheur souple, électrique ou à retardement, vous permet de déclencher avec le minimum de vibration. Utiliser le retardateur est une bonne idée, à condition que le sujet soit fixe.
Pas de panique si, pendant une pose longue, un événement imprévu se produit. Par exemple, alors que l'on veut enregistrer les traînées produites par les phares des voitures, l'une d'entre elles s'arrête : pour éviter d'obtenir une tache lumineuse très désagréable, il suffit de fermer temporairement l'objectif avec son bouchon ou de couvrir l'appareil avec un tissu noir.
En cas de ratage, il est parfois possible de refaire la prise de vue plus tard. Si vous n'avez pas noté les paramètres de la prise de vue, vous risquez de refaire exactement les mêmes erreurs.
Méthodologie pour la photo de nuit au numérique 1°/ Préparer l'appareil
Le mode
Photo de nuit est aujourd'hui généralisé sur les appareils mais il n'est guère intéressant que pour ceux qui ne permettent aucune commande manuelle. En effet, s'il donne des résultats bien moins mauvais que le mode tout automatique de base, en revanche il pousse à fond la sensibilité du capteur, ce qui engendre un maximum de bruit numérique, et ouvre en grand le
diaphragme, ce qui diminue de façon parfois inacceptable la profondeur de champ.
Quand tout le reste a échoué, dit le proverbe, il est temps de penser à regarder le mode d'emploi ... Il vaudra mieux travailler en mode manuel, si toutefois l'appareil le permet, en réfléchissant bien au parti que l'on peut tirer des divers réglages possibles, qui varient beaucoup selon les modèles entre tout ou rien.
La seule solution pour éviter le bruit numérique est de régler manuellement la sensibilité apparente du capteur sur les valeurs les plus basses, 50, 100 ou 200 ISO. Il ne faut jamais oublier qu'en réalité, ce réglage ne fait nullement changer la sensibilité du capteur, laquelle dépasse rarement 100 ISO, mais influe sur le logiciel de traitement du signal embarqué dans l'appareil. Le diaphragme sera suffisamment fermé pour atténuer les défauts optiques presque toujours présents aux grandes ouvertures et aussi pour obtenir la profondeur de champ souhaitable.
On évitera naturellement de trop le fermer, ce qui diminuerait inutilement une lumière déjà très faible. Naturellement, ce double choix imposera la valeur du temps de pose, qui sera souvent trop long pour que l'on puisse tenir l'appareil à main levée et songer, ne fût-ce qu'un bref instant, à obtenir une image nette de sujets mobiles.
2°/ Installer l'appareil
Tout support stable peut convenir pour immobiliser l'appareil, un mur, un poteau, le toit d'une voiture, etc. mais il est alors généralement impossible de cadrer correctement, car l'appareil ne peut pas être orienté convenablement. Dans bien des cas, on perd toute possibilité d'utiliser le viseur, quand il existe, ou même de voir l'écran de visualisation.
On trouve dans le commerce des sacs souples contenant divers produits, comme des billes plastiques très légères, et sur lesquels on peut faire reposer l'appareil tout en gardant une certaine possibilité d'orientation. Il est assez facile de se confectionner un tel matériel avec un sachet en toile ou en plastique incomplètement rempli de haricots secs, de lentilles, de riz, de maïs ou tous autres produits que l'on peut avoir sous la main. Si l'on doit improviser un tel support, n'importe quel sac en plastique rempli de sable ou de graviers trouvés sur place peut faire l'affaire, mais évidemment rien ne vaut un trépied solide et rigide, qui non seulement permettra d'immobiliser l'appareil dans la position que l'on voudra, mais également le préservera dans une large mesure des chocs et des chutes.
Pour mettre toutes les chances de son côté, il n'est pas inutile d'éviter les petits mouvements et vibrations dues à l'action de la main sur le déclencheur, l'idéal est de disposer d'un déclencheur souple. À défaut, le retardateur donne également de bons résultats mais la prise de vue se trouve différée de quelques secondes, ce qui est sans importance pour les sujets fixes.
3°/ Maîtriser la lumière
En photo de nuit, on ne peut guère avoir confiance dans les systèmes de mesure automatiques de la lumière. Lorsque le contraste est trop grand, comme nous l'avons signalé plus haut, il n'existe aucune pose correcte permettant d'obtenir un rendu satisfaisant des hautes lumières en même temps que des zones sombres. La seule solution, ou presque, consiste à faire des essais pour trouver le moins mauvais compromis possible, ce que permettent sans frais les appareils numériques dont on peut effacer les images.
Il se peut que l'on souhaite mettre en valeur un sujet proche, un personnage par exemple, dans un cadre nocturne. Sans précaution spéciale, ce sujet sera probablement réduit à une silhouette sans grand intérêt. Le flash intégré à la plupart des appareils, utilisé pendant une pose longue, permet d'éclairer le sujet principal, mais il faut se garder de la sur-exposition qui le transformera immanquablement en « fromage blanc ». Naturellement, cette lumière additionnelle est très directe et envoyée presque dans la direction de l'axe optique, ce qui donne un éclairage très plat, sans modelé, généralement peu flatteur. Un flash indépendant, décalé par rapport à l'appareil, ou une mieux lampe tenue à la main permettra avec un peu d'expérience d'obtenir de bien meilleurs résultats. Le sujet proche peut alors être littéralement « peint avec la lumière », mais il faut pour cela que la pose soit suffisamment longue.
4°/ Faire des poses multiples
Si le sujet est très contrasté et
composé uniquement d'éléments immobiles il existe une possibilité très intéressante pour limiter les dégâts : faire plusieurs poses avec des expositions très différentes. Une des poses sera très longue, les zones lumineuses seront copieusement surexposées et inutilisables, mais un maximum de détails pourra être enregistré sans les zones sombres. Une autre pose sera au contraire relativement courte, les zones sombres seront réduites à des plages noires mais les hautes lumières seront convenablement détaillées. La combinaison des deux clichés grâce à un logiciel de traitement d'images pourra donner, avec un peu d'habileté, une photographie parfaitement utilisable...
Évidemment, l'appareil ne doit absolument pas bouger et il ne faut en aucun cas toucher au diaphragme, afin que les deux images puissent être très exactement superposées.
Il ne reste plus qu'à vous souhaiter d'excellentes photos de nuit
Photo Andrew Dune. Sous licence Creative Commons.