Spécialiste des loisirs en pleine nature, des sports de glisse, des voyages et de l'aventure, blogueur et auteur de nombreux guides photo, Jean-François Vibert est aussi et avant tout photographe reporter. Entre la plongée sous-marine et le snowboard, les montagnes et les déserts, ce Savoyard forme également aujourd'hui des étudiants à la photographie numérique.
D'où vient cet intérêt pour la photographie ?
Je crois bien que ce sont les “soirée diapo” à la maison, qui m’ont donné le goût des couleurs vives. Quand j’avais 11 ou 12 ans, j’ai eu la chance de recevoir un Minolta SRT 101 (appareil photo argentique) d’occasion avec deux optiques. Déjà le résultat me fascinait : je me souviens parfaitement de mes toutes premières photos dans une serre tropicale du Parc de la Tête d’Or à Lyon... Ensuite, j’ai dû passer un an ou deux, à viser et à déclencher avec mon Minolta mais sans mettre de films dedans (sauf l’été pour partir en vacances)... Je n’avais pas tellement d’argent de poche pour acheter des pellicules. J’ai donc fait des millions de diapos virtuelles : je les imaginais avec leurs couleurs et j’étais certain qu’elles étaient bien exposées. Il faut dire que cet appareil souffrait d’un léger problème de cellule... Ma vie de photographe a donc commencé sous le signe de la surexposition et d’une légère frustration ! Mais quand cet appareil fut réparé, ce fut une révélation.
Vous formez des étudiants à la photographie numérique. Comment avez-vous, de votre côté, appris la photographie ?
Totalement seul au début et instinctivement avec mon SRT 101. Il fallait juste faire le point et placer “le rond sur l’aiguille”, c’est tout ce qu’on m’avait dit... Un peu plus tard, j’ai fait une année de photo et de labo à la MJC d’Aix-les-Bains. Tout le reste est venu un peu plus tard en lisant tous les bouquins que je trouvais... Mais je n’ai jamais eu la sensation d’apprendre, tout a été quasi automatique.
Comment vous est venue cette passion pour les voyages ?
Nous partions chaque été en famille avec la Citroën GS break et le dériveur accroché à l’arrière... Toute une aventure ! Portugal, Grèce, Espagne... Je ne suis pas certain qu’aujourd’hui, dans les mêmes circonstances, une famille moyenne se lance dans ce genre d’expéditions routières avec des enfants. Mais les années 70 étaient plus insouciantes... En tous cas, ces voyages nous ont donnés le goût de la mer et des grands espaces. Et peut-être avec les lumières méditerranéennes, une certaine envie de couleur...
Vous avez fait également beaucoup de reportages sur les sports de glisse. Comment travaillez-vous et avec quel appareil ?
J’ai commencé dans la presse comme rédacteur dans un mensuel spécialisé de snowboard... Ce sport m’intéressait à l’époque plus que la photo ! Peu importe l’appareil : du moment qu’il shoote à au moins 5 ou 6 images / sec. Pour l’AF, je travaillais en mise au point manuelle pour 90% des cas... D’ailleurs dans pas mal de situation, je continue à désactiver l’AF et je prépare à l’avance le point à la main, “là où va se passer l’action”.
Comment vous êtes-vous intéressé à la photographie sous-marine ? Avec quel matériel travaillez-vous ?
C’est finalement assez ponctuelle la photo sous-marine, c’est mes vacances de photographe ! Car ces clichés ne rapportent jamais d’argent : elles en coûtent systématiquement ! A chaque fois, je louais du matériel (trop coûteux pour être immobilisé toute l’année) : Nikonos et flash externes professionnels (très lourds et encombrants)... J’avais acheté un Bridge Olympus avec son caisson, revendu sur place immédiatement à l’issu du reportage (c’est souvent moins cher que de louer). Plus récemment un reportage m’a donné l’occasion d’essayer l’Olympus E-420 avec son caisson, j’ai adoré cet ensemble. Il faut bien reconnaître qu’Olympus est un des rares constructeurs à faire des efforts pour proposer du matériel pas trop ruineux aux photographes sous-marins.
Avez-vous une anecdote en particulier à raconter ?
Le jour ou j’ai nagé 27 minutes avec un cachalot de 12 mètres en plein océan... Bien trop long à raconter, l’histoire est sur mon site. Ce moment restera gravé dans ma mémoire : il plongeait sous moi, me tournait autour, plongeait vers les profondeurs lorsque j'essayais de descendre pour le photographier d’en-dessous... Une telle interaction avec un animal dans son environnement, c’était énorme... Cela me donnerait presque envie de m’intéresser à la photo animalière.
Vous avez réalisé deux pochettes de disque pour Sony Music. Avez-vous apprécié cette expérience ? En quoi ce travail est-il différent du reportage photographique ?
J’ai réalisé ces images exactement comme je faisais un reportage sur un groupe de snowboarder : au feeling. A cette époque, j’ai bien failli devenir photographe dans la musique ! Cela a duré 6 mois (dont deux mois à San Francisco avec le groupe Big Soul). Mais le hasard a fait que je suis reparti en voyage ensuite. Du coup, j’ai oublié la musique aussitôt... A 25 ans, on ne fait pas trop de plans de carrière ! Mais je me serais bien amusé aussi dans ce domaine...
Vous avez lancé un blog, www.macandphoto.com. Dans quel objectif l'avez-vous créé ?
Au début Macandphoto n’avait aucun but. J’envoyais à mes amis un mail collectif de temps à autres, avec les dernières news de la photo et du monde Mac. C’est devenu naturellement un petit blog... Qui a grossi sans que je comprenne très bien pourquoi.
Pensez-vous que le photojournalisme est toujours ce qu'il était ?
Non, évidemment que non... Mais je préfère glisser sur cette question, en espérant que quelque chose de bien sorte - à la longue - d’Internet... Mais ce n’est pas gagné, quand on voit les ramassis d’idioties que transporte la toile ! Je l’ai constaté depuis que j’ai crée mon premier site en 1997, la bêtise a fait d’énormes progrès sur le net... Dans le même temps, pour la presse écrite et le livre imprimé, ça ressemble au début de la fin... Mais, j’espère me tromper ! C’est pourquoi je considère toujours comme une chance, les – rares - occasions qui nous restent de publier de beaux sujets sur papier glacé... Un jour ou l’autre, cela sera un luxe réservé aux stars de la photo !
Quels sont vos projets pour l'année 2010 ?
Dans l’immédiat, c’est le Cambodge pour tester le
Canon EOS 7D 
à fond pendant un mois. Et la Chine peut-être l’été prochain, pour tester le Nikon D700x (ou n’importe quel appareil intéressant). J’ai aussi une nouvelle passion pour le studio. C’est assez nouveau pour moi et c’est la meilleure façon de prendre beaucoup de lumière dans la figure, sans quitter Paris... Comme je ne peux pas être aussi souvent en voyage qu’avant, il faut bien trouver de la lumière, je ne comprends pas comment j’ai pu m’en passer avant...
Pour plus d'informations : www.vibertphoto.com ou www.actionreporter.com
Merci à Jean-François Vibert d'avoir pris le temps de répondre à ces questions.