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Interview : Jean-Charles Vinaj {partie 1}

Article rédigé par rozenn, 30/01/2010. rozenn">Faire un don à rozenn

Né à Monaco, Jean-Charles Vinaj est photographe autodidacte. Entre les photographies people et animalières, il consacre sa vie à sa passion. De la marmotte au tigre du Bengale, il réalise des clichés sur la faune en Europe, en Afrique et même en Asie.

D'où vient cette passion pour la photographie ?


C'est en 1973, quand j'étais au collège de l'Annonciade, à Monaco, j'avais un professeur de technologie, le frère Frédéric. C'était un passionné de photographie qui avait un laboratoire de développement. Ce lieu m'a attiré et du coup, je travaillais dedans : c'était magique ! Puis, il m'a enseigné quelques bases de la photographie. Mais, les circonstances de la vie m'ont fait quitter l'école à 16 ans et mon rêve de faire une école de photo est tombé à l'eau. J'ai travaillé dans une banque mais je continuais à prendre des clichés seul le week-end.

Votre carrière photographique a commencé lorsque vous avez couvert l'Open de tennis, à Monaco. Comment êtes-vous passé de la photographie événementielle à la photographie animalière ?

Dans la photo, on a tous une passion. Il y a des sujets qui plaisent davantage que d'autres. Quand j'avais 8-10 ans, je faisais beaucoup de randonnées dans l'arrière-pays, notamment à Tende. Je pense que la photographie est venue du goût des montagnes. C'était merveilleux d'observer la faune et la flore.




Avant de partir sur le terrain, est-ce qu'il y a un travail de préparation ?

Bien sûr ! Avant de partir travailler sur une quelconque espèce, je pense qu'il faut apprendre l'animal sur des livres pour essayer d'en savoir plus sur son comportement, sa manière de vivre... Surtout dans le Mercantour, parc national situé dans les Alpes-Maritimes, entre les animaux variables et ceux qui hibernent, les espèces sont très diverses. On ne peut pas aller shooter sur le terrain sans avoir de connaissances sur l'animal, c'est évident. Après, j'y retourne et continue l'observation. Je confirme ainsi mes notes et retrouve globalement ce que les livres racontent. Ensuite, on se dit qu'on peut vraiment bosser...

Comment travaillez-vous sur le terrain ?

Pour certains animaux, c'est de l'approche, pour d'autres, de l'affût. Il faut savoir comment faire de l'affût et où les faire, à quels moments les animaux sortent... Il y a énormément de connaissances à avoir. Et encore, cela reste difficile parce qu'on est dans un milieu sauvage et qui dit sauvage veut dire que les animaux ne sont pas forcément là. C'est à nous de nous adapter ! Ce qui est également important pour moi (malheureusement tous les photographes ne le font pas), c'est la préservation de l'espèce. Je pense n'avoir jamais mis une espèce en danger par mon comportement. Par exemple, je n'ai jamais bossé sur des airs de nidification. J'ai toujours eu beaucoup de respect pour l'animal parce que j'estime qu'il nous donne le privilège de rentrer dans sa vie privée. Il faut faire partir d'un décor et se faire accepter par l'animal. Il y a aussi un petit pourcentage de chance, c'est évident !

Avec quel matériel préférez-vous photographié des animaux ?

Actuellement, il y a du matériel adapté à la photographie animalière, beaucoup plus qu'à l'époque. Avant, avec les focales fixes, on était obligé de partir avec beaucoup de matériel. Aujourd'hui, avec le numérique, les choses ont beaucoup changé. On part plus léger. Moi, je travaille beaucoup avec du 500 mm. Il est parfait pour les affûts et convenable pour les oiseaux. J'utilise aussi du 100 - 400, il est, pour moi, l'outil incontournable en photographie animalière. On a eu aussi la chance récemment que Canon ait sorti un 800 mm, le rêve de tout photographe animalier. Je l'ai acquis il y a quelques mois et je commence à m'en servir. C'est une arme redoutable. On peut se permettre de travailler de beaucoup plus loin et le comportement de l'animal, du coup, est plus naturel.

Vous avez beaucoup voyagé, notamment en Inde. Comment s'est passée cette rencontre avec les tigres du Bengale ?


J'ai eu l'occasion d'aller shooter des tigres, dans un grand parc national indien, une dizaine de fois. Des tigres y vivent en semi-liberté dans une réserve qui est immense. Ils sont à l'état de sauvage même s'ils sont constamment surveillés. On accédait à la jungle soit en jeep soit à dos d'éléphant et on les pistait. J'ai eu la chance d'avoir des tigres à 3-4 mètres de moi : cela ressemble à des gros chats ! Mais, c'est hyper dangereux et la moindre bêtise peut vous être fatale. C'est d'ailleurs arrivé deux ou trois fois qu'on s'en sorte de justesse. Photo ou pas, quand on a vécu des moments comme cela en Tanzanie, à Madagascar ou encore au Kenya, il n'y a pas besoin de regarder les clichés. Ce sont des moments privilégiés qu'on n'oublie pas...





Est qu'il y a une espèce que vous préférez photographier ?

Quand on est photographe animalier, on aime prendre en photo différentes espèces. C'est sûr que les moments d'adrénaline qu'on vit avec les ours bruns ou les tigres, cela n'a rien à voir avec les marmottes du Mercantour. Quand on prend des images de prédateurs comme le tigre, cela envoie des frissons mais c'est ce qu'on recherche aussi. Je travaille de la même manière avec les espèces mais je prends plus de précaution, quand même, pour des prédateurs.



Vos clichés étaient ainsi publiés dans des magazines. Lesquels ? Les vendez-vous encore à certains médias ?

A l'époque, c'était Terre sauvage, Alpes Magazine ou encore le National Geographic. Elles étaient aussi vendues à des agences qui, elles, avaient un pouvoir de diffusion plus important que nous. Tout cela a bien changé... Les photographes animaliers arrivent aujourd'hui à travailler pour eux et aussi en direct avec des magazines. De mon côté, je ne les vends plus parce que je pense que la plupart des magazines animaliers ont moins de moyens qu'à l'époque. Brader mes photos, je ne le ferai jamais parce que je sais ce que coûtent les déplacements, le matériel... Depuis peu également, je suis auto-éditeur avec ma société, Isopress. Je préfère utiliser mes photos pour ma propre édition : ce sont des images exclusives qui n'auront jamais été vues.

Merci à Jean-Charles Vinaj pour ce moment agréable passé au Fairmont Monte-Carlo.

Plus d'informations sur www.isopress.fr



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